D’importants défis attendent le gouvernement Privert/Jean-Charles

Plus de 45 jours après la fin du mandat du président Martelly à la tête de l’Exécutif, le pays va finalement avoir un nouveau gouvernement pour assurer la transition avant l’élection d’un nouveau président élu.

Le deuxième choix du président provisoire, Jocelerme Privert, en la personne de M. Enex Jean-Charles pour diriger le prochain gouvernement a été facilement accepté par le Parlement contrairement à M. Fritz Jean qui avait subi une cinglante défaite à la Chambre des députés.

Ce nouveau gouvernement qui succédera à la dernière administration Martelly, arrive à la fin du premier semestre de l’exercice fiscal 2015-2016, une période dominée par une longue crise électorale causant une nette détérioration de l’environnement des affaires et aggravant les conditions de vie de bon nombre d’Haïtiens en situation précaire.

À en croire le président provisoire, la situation des finances publiques héritée de son prédécesseur serait catastrophique. Il a souligné la faiblesse des recettes publiques qui seraient inférieures au niveau moyen de 6.4 milliards de gourdes prévu dans le budget pour l’exercice fiscal en cours. Les ressources domestiques  prévues par l’administration Martelly/Paul sont estimées à 77 milliards de gourdes pour l’exercice en cours.

Les multiples manifestations enregistrées au cours des quatre premiers mois de l’exercice fiscal ont réduit la capacité des autorités gouvernementales à collecter des fonds prévus dans le budget.

En outre, la baisse substantielle du prix du baril de pétrole brut sur le marché mondial a impacté négativement le financement externe du budget de la République à travers le mécanisme PetroCaribe. Un montant de 6.6 milliards de gourdes était prévu dans le budget actuel contre 10 milliards dans le budget pour l’exercice antérieur et plus de 20 milliards au cours de l’exercice 2013-2014.

En dépit de la faiblesse des recettes publiques, les dépenses ont été maintenues à un niveau supérieur à 6 milliards de gourdes. Ceci a causé des pressions sur la Banque centrale pour financer le déficit budgétaire donnant lieu à une augmentation de la masse monétaire et par voie de conséquence à une dépréciation continue de la gourde par rapport au dollar américain.

Le dollar américain est passé d’un taux moyen de 52 gourdes en octobre 2015 à 60 gourdes en février 2016.

Il s’en est suivi un accroissement continu des prix des biens et services au niveau de l’économie haïtienne affectant le faible pouvoir d’achat des familles renforçant le phénomène de paupérisation.

Le taux d’inflation, calculé en rythme annuel, a atteint le niveau de 14.4% en février 2016, un niveau qui n’a pas été atteint depuis 2008.

Le manque de ressources publiques pourrait limiter des efforts du gouvernement à supporter des secteurs comme l’agriculture en nette régression en raison de la situation de sécheresse affectant le pays au cours des deux dernières années.

La Commission nationale pour la sécurité alimentaire a indiqué que plus de 3 millions de personnes se retrouvent en situation d’insécurité alimentaire et plus de 1 million en situation d’insécurité alimentaire aigue.

En plus des défis économiques, le gouvernement aura à reprendre le processus électoral très attendu par les principaux bailleurs internationaux. Une telle reprise ne sera pas facile pour les nouvelles autorités quand on connait la profonde divergence existant entre les différents acteurs politiques impliqués dans le processus électoral.

Il importe de souligner que les bailleurs se sont engagés pour l’exercice fiscal 2015-2016 de fournir une assistance financière de l’ordre de 26 milliards de gourdes au niveau du budget de la République. Doit-on s’attendre à une décision de ces bailleurs si l’accord n’est pas respecté par les acteurs politiques locaux ?

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