Haïti-Économie : Commerçants et chefs de famille désespérés face à l’inflation galopante

Par Jean Élie Paul

P-au-P, 4 avril 2017 [AlterPresse] — Plusieurs commerçantes et commerçants, dont des chefs de familles, expriment leur désespoir à propos de l’inflation galopante observée dans le pays, d’après les témoignages recueillis par l’agence en ligne AlterPresse.

En plus d’empêcher les familles de subvenir à leurs besoins, l’augmentation des prix, particulièrement ceux des produits de première nécessité, entraîne une baisse des ventes, souligne Yannick Cajuste, qui garde un oeil attentif sur son étalage au marché de Delmas 32.

La population n’a plus les moyens d’acheter les produits à cause de leurs prix qui ne cessent de grimper, se lamente-t-elle.

Face à l’augmentation vertigineuse du coût des produits de première nécessité, susceptible d’appauvrir d’avantage les ménages, la commerçante Finette Verdier réclame des interventions urgentes et efficaces de l’État, notamment un meilleur contrôle des douanes.

« Le prix de la marmite de riz (Tcs) est passé de 175 gourdes à 200 gourdes, alors qu’il se vendait autrefois à 125 gourdes. La marmite de haricot se vendait à 250 gourdes, maintenant elle est passée à 350 gourdes », déplore Jocelyne Volcy, assise devant sa barque d’épices.

« De mars 2014 à mars 2017, la gourde a perdu 60 % de sa valeur. Il faut plus de gourdes pour acheter les mêmes biens », déplore l’économiste Etzer Emile, joint au téléphone par AlterPresse.

Dans le panier de la ménagère haïtienne, près de 55% des dépenses concernent les produits alimentaires. Une faiblesse énorme dans la production agricole est la cause de cette situation, explique-t-il.

Au-delà des biens importés, les produits agricoles ont un pourcentage estimé à 40% dans la production interne.

Le cyclone Matthew, les 3 et 4 octobre 2016, a occasionné une baisse dans la production, ce qui a créé un manque de disponibilité des produits alimentaires en Haïti notamment dans le Sud, souligne-t-il.

Il faudrait, selon lui, relancer la production nationale pour rendre disponible des produits agricoles, et importer moins de l’étranger.

En économie, il peut arriver qu’il y ait une augmentation générale des prix, avance, pour sa part, l’économiste Eddy Labossière.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation.

« Pour la fin de l’exercice 2015-2016, l’inflation était de 14%. La persistance de cette situation implique que les agents économiques ont, de moins en moins, de pouvoir d’achats », fait remarquer Labossière.

Il considère la hausse générale des prix en Haïti comme une inflation importée à cause du fait que près de 70% des biens et services consommés dans le pays viennent de l’étranger.

Les exportations du café et du cacao d’Haïti n’ont pas dépassé les 15 millions de dollars alors que les importations de produits avoisinent les 4 milliards de dollars américains, souligne-t-il.

Labossière encourage le chef de l’État, Jovenel Moïse, à remettre le pays sur la voie de la croissance, à travers la production agricole.

« Pendant les 24 derniers mois, la gourde n’a pas cessé de se déprécier, ceci est dû à une demande constante et permanente du dollar sur le marché ».

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