Budget rectificatif : l’administration Privert/Jean-Charles réduit l’enveloppe de près de 10 milliards de gourdes

Au début du second semestre de l’exercice fiscal 2015-2016, l’administration Privert/Jean-Charles a décidé de modifier à la baisse le budget de la République.

En effet, l’ancienne administration Martelly/Paul avait mis en place un budget pour l’exercice en cours estimé à quelque 122.8 milliards de gourdes. Ce dernier était jugé très ambitieux par plusieurs analystes, du fait que les autorités financières avaient prévu une augmentation substantielle des ressources domestiques pour compenser la baisse continue de dons fournis par les bailleurs d’Haïti au cours des derniers exercices fiscaux et la diminution du financement externe à travers le mécanisme PetroCaribe.

Depuis son accession au pouvoir en février dernier, le président provisoire Jocelerme Privert, expert en finances publiques, n’a pas cessé d’attirer l’attention de l’opinion publique sur l’état catastrophique des finances du pays. Il avait précisé que le montant mensuel moyen de 6.4 milliards de gourdes  prévu par la précédente administration n’avait pu être atteint au cours des cinq premiers mois de l’exercice.

La nouvelle enveloppe budgétaire adoptée par l’équipe gouvernementale dirigée par le Premier ministre, Énex Jean-Charles, est évaluée à 113 milliards de gourdes, soit une contraction de 8 %. En fait, les ressources domestiques prévues par le Ministère de l’Économie et des Finances dans le budget rectificatif sont estimées à 69.2 milliards de gourdes contre 77.2 milliards auparavant.

Les nouvelles autorités financières prévoient des dons en appui budgétaire et en aides projets d’une valeur de 31.5 milliards de gourdes, tandis que les  financements externe par le Venezuela et interne à partir de l’émission de bons BRH seraient ramenés à 5.6 milliards de gourdes.

Il importe de noter que la chute du prix du baril de pétrole brut sur le marché mondial a affecté le financement externe du budget national, à cause de la baisse considérable des disponibilités de fonds dans le mécanisme de PetroCaribe.

Le financement externe du budget de la République d’Haïti est passé de plus de 20 milliards de gourdes en moyenne au cours des trois premières années du mandat du président Martelly à 10 milliards au cours de l’exercice fiscal 2014-2015. Pour l’exercice en cours, le gouvernement d’Evans Paul avait prévu en septembre dernier un montant de 6.6 milliards de gourdes, mais la nouvelle équipe au pouvoir a, dans le budget rectificatif déposé récemment au Parlement, réduit le montant de 50 %.

Quant au financement interne, les nouvelles autorités comptent mobiliser quelque 3 milliards de gourdes à partir de l’émission de bons du Trésor. Ceci devrait leur permettre de ne pas faire appel à la Banque centrale pour financer le déficit budgétaire.

A rappeler que les responsables du Ministère de l’Économie et des Finances et de la Banque de la République d’Haïti ont signé récemment un accord de « cash management » visant à limiter les dépenses publiques en fonction des recettes collectées par le gouvernement.

Il importe de souligner que les nouvelles mesures adoptées par le gouvernement Privert/Jean-Charles pourraient favoriser une certaine stabilisation macroéconomique avec une plus grande stabilité du cours de la gourde par rapport au dollar américain ainsi que des prix des biens et services dans l’économie nationale.

Toutefois, il ne faudrait pas écarter la possibilité d’une contraction du produit intérieur brut (PIB) et de pertes d’emplois dans des secteurs fragilisés par la crise politique.

Le taux de croissance du PIB prévu en début d’exercice fiscal 2015-2016 par l’administration Paul/Martelly était de 3.6 %. En milieu d’exercice, des analystes laissent présager un taux de seulement 2 % pour 2016.

KESNER PHAREL.

 

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