John Wesley Delva : La nation demande des comptes

Par John Wesley Delva

Le pouvoir tèt kale Laisse au pays un très lourd héritage. C’est celui des dettes faramineuses de pétro-Caribe, de l’inflation outrancière provoquée par le gaspillage et des dépenses fantaisistes(voyages, coktails de luxe, création de ministères sans porte feuille, multiplication de salaires des officiels…) et celui de l’instabilité politique. L’héritage négatif légé au pays se sent douloureusement surtout quand on entre dans un super marché ou quand on s’achéte un bidon d’eau. Les prix des produits de première nécessité grimpent tellement qu’ils atteignent un seuil jamais atteint dans toute l’histoire du pays. Jamais la misère n’a été si cruelle en Haiti.

Jamais les masses défavorisées n’ont été dans un tel état de précarité. Jamais la classe moyenne haitienne(banquiers, professeurs, comptables, avocats, journalistes…) n’a été si appauvrie. La raison explicative saute aux yeux: trop de gaspillages pour trop peu d’investissements. Trop de ressources dillapidées à des fins personnelles.

Selon des informations qui me viennent d’une source plus ou moins fiable, le pouvoir tèt kale a fait plus de 350 millionnaires en 5 ans. Ces gens accumulent cet argent(kale tèt pèp la) à travers combines, contrebandes et corruption, en mettant à sec le trésor public. Les caisses de l’Etat sont donc vidées… dans des projets fantômes(fantômes, comme ceux qui sont allés voter aux dernières elections). On l’avait appris même d’un ancien conseiller de Martelly, actuellement sénateur de la République qu’un contrat a été signé avec un mort. (Abracadabrant! Haïti est le seul pays au monde où les morts sont plus vivants que les vivants. Un pays spécial tout court).

On a aussi appris que des contrats juteux ont été signés sans appel d’offre, en violation fragrante des lois sur les marchés publiques. Certains membres du gouvernement avaient même signé des contrats avec des firmes dont ils étaient encore propriétaires. D’autres se comportaient en mode » koutye, en cherchant affaire pour des firmes pour partager ensuite le butin. (Sa map di nou la se vre wi)

Comment peut-on appeler cela quand dans un pays si pauvre, des dirigeants, au lieu de chercher à élever le niveau de vie des gens en ouvrant de grands chantiers de développement, cherchent plutôt des astuces pour piller l’Etat? Voler l’Etat est un crime. Ceux qui volent l’Etat sont des criminels. Il faut les punir avec la dernière rigueur.

Ainsi la justice doit_elle jouer son rôle, c’est à dire restituer à l’Etat ce qui, méchamment, lui a été ravi et tracer cet exemple coercitif sur les ravisseurs. Ce sera un signal clair qui dira aux actuels et prochains dirigeants d’Haiti que » leta pa chwal papa ».

Aussi la Cour des Comptes et du Contentieux Administratif doit-elle assumer la responsabilité qui lui incombe. Pourqoui malgré les accusations de fraudes et de corruptions qui fusent de toute part, aucun arret de débet ou de quitus n’est pris jusqu’ici. Sinon, de notre lieu de citoyen, on est en droit de se demander que vaut réellement cette institution quand depuis près de 30 ans aucune opération sérieuse d’audit n’a été entreprise au sein de l’administration publique. Aujourd’hui, c’est donc le moment où jamais pour la CSCCA de prouver concrètement son existence.

Constatant le dysfonctionnement sinon le laxysme de la CSC/CA, je comprends fort bien la préoccupation du commissaire du gouvernement, Jean Danton Leger. Sa préoccupation est citoyenne. Car, comment accepter que des voyous, des corrompus continuent de circuler librement après avoir a été accusés de dillapidation de fonds publics. N’est ce pas sa responsabilité en tant que commissaire du gouvernement de mettre l’action publique en mouvement contre ces hauts fonctionnaires de l’Etat accusés d’avoir  » racketté » l’Etat? Que peut-on accepter que nos fils ou nos futurs petits fils paieront les dettes du pétro-Caribe alorsque cet argent avait servi plutôt à l’enrichissement d’une petite clique qu’au bien être collectif? Comment, avec documents justificatifs à l’appui, laisser le soin aux corrompus de continuer à déambuler dans les rues sans poser aucune action? Vous allez me dire que le commissaire ne peut poser des actions en ce sens en dehors des cas de flagrance ou à défaut d’un arrêt de débet. Mais quelle autre flagrance pourrait elle exister quand tantôt les principaux concernés s’excusent et s’accusent? Vous allez me parler de procédures et de lois c’est vrai. Mais rappelez-vous que ceux qui ont volé et pillé l’Etat n’avaient respecté aucunes lois ni procédures. Et d’ailleurs de quelles lois et procédures oseriez-vous me parler quand la nation demande des comptes sur la gestion de la cité alorsque les institutions concernées sont plongées dans la plus grande léthargie. L’approche légale ne peut et ne doit pas être un prétexte pour couvrir nos dérives.

Il faut de toute facon qu’une action draconienne soit enclenchée contre ces voleurs de grand chemin.

 

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