Privert pris

Par Beguens Theus

Dans nos deux articles « La crise de la crise » et «14 mai (juin) : Entre le mal et le pire », parus respectivement les 15 février et 4 mai 2016, a été analysée et prédite la suite logique de la crise actuelle, à l’allure d’une bombe à retardement que personne n’ose arrêter. Aujourd’hui, Privert semble être pris quand il croyait prendre ses opposants tèt kale. Maintenant, essayons de voir l’abysse de la crise où est pris Privert, après le 14 juin.

Si les opinions sont diversement partagées entre les opérateurs politiques sur l’après 14 juin, il demeure une chose qui fait unanimité dans l’opinion : la fin du mandat de 120 jours du président provisoire Jocelerme Privert, consacré par l’accord 5 février l’ayant conduit au palais national. D’ailleurs, Privert, lui-même, reconnaît dans son discours que son mandat arrive à terme ce 14 juin et qu’il revient au parlement de fixer son sort. Le porte-parole adjoint de la présidence Eddy J. Alexis n’a pas hésité, lui aussi, à publier sur son compte facebook ce mercredi 15 juin «L’adresse à la nation de Jocelerme Privert…» sans titre. Déjà, certains l’appellent « ancien président provisoire » ; d’autres « président de facto » ; d’autres « usurpateur de titre » ; d’autres « président illégitime auto-proclamé ».

Si, le 14 février, les rapports de force étaient favorables à l’ancien sénateur Privert, élu président provisoire au second degré par le parlement, alors le 14 juin, les rapports lui sont défavorables, en dépit d’une majorité relative de parlementaires favorables à son maintien au poste. Tout le problème réside dans la séance non tenue pour décider sur son sort, selon le vœu de l’accord 5 février. Or, cette séance parlementaire parait quasi-impossible. Car, d’une part, le groupe minoritaire pro tèt kale, n’ayant pas les moyens politiques pour renverser et remplacer Privert, n’a pas intérêt à offrir quorum au groupe majoritaire pour proroger le mandat du président provisoire ; et d’autre part, sachant qu’avec le temps l’opinion et l’international seront fatigués avec un président dit « illégitime, de facto, auto-proclamé, usurpateur », les parlementaires tèt kale tireront encore la ficelle et durciront leur position jusqu’à se débarrasser de Privert, de plus en plus affaibli avec l’atout du marronnage de ces derniers empêchant la tenue de la séance en assemblée nationale. Une situation qui risque de compromettre à nouveau les élections en cours et reproduire le cycle de présidents éphémères des années 1915 et 1957 en choisissant le pire.

En 2014, seulement 6 sénateurs pro lavalas étaient fort capables de piéger le régime tèt kale de Martelly provoquant sa chute et son remplacement par Privert, un des fils de la même famille lavalas. Aujourd’hui, une dizaine de sénateurs pro tèt kale paraissent même trop pour piéger Privert dont le mandat a expiré le 14 juin 2016. Donc, mal conseillé, Privert est pris quand il croyait prendre ses coriaces adversaires tèt kale, avec le retour de ses clans au pouvoir, la chasse dans la fonction publique, la vague d’interdiction de départ, la commission électorale et autres mesures soulevant orageusement la colère des tèt kale. Dans les deux cas 2014 et 2016, il s’agit d’une lutte de chapelle lavalas vs tèt kale défendant chacun les intérêts de clans auxquels ils appartiennent tous deux, au mépris de l’intérêt national. Enfin, quand vient donc le temps pour un nouveau leadership soucieux de l’intérêt national et ému de ce peuple affamé, fatigué avec cette crise pourrie sans fin ?

Que Dieu se souvienne de nous !

Beguens Théus
16/06/16

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