Un moratoire en faveur de nos compatriotes en territoire voisin

La Direction de la migration dominicaine, après le feu vert du président Danilo Medina, a décidé, en début de semaine, de retarder d’une année la déportation de 130 000 Haïtiens en situation irrégulière par rapport au Plan national de régularisation des étrangers. Ces Haïtiens qui, pour la plupart, avaient versé entre 5 000 et 8 000 pesos aux différents services consulaires haïtiens en territoire dominicain, n’ont pu jusqu’à présent obtenir les pièces d’identité nécessaires pour être en règle avec le Plan national de régularisation des étrangers.

Les critiques de part et d’autre, à travers le monde, sur l’arrêt 168-13 du Tribunal constitutionnel dominicain, avaient poussé le gouvernement de ce pays à adopter toute une série de mesures afin d’atténuer les conséquences de cet arrêt. Sachant que beaucoup d’Haïtiens en République dominicaine, notamment les travailleurs, sont dépourvus d’une quelconque pièce d’identité, le gouvernement Medina devait profiter de cette circonstance pour mettre en place ce plan de régularisation des étrangers. Dans un sens comme dans l’autre, ce plan a été conçu afin de trouver un moyen légal pour rapatrier un grand nombre d’Haïtiens ayant travaillé depuis plusieurs dizaines d’années et qui ne se sont jamais munis d’une pièce d’identité. Pour l’année 2015, la Direction de la migration dominicaine a rapatrié environ 100 000 Haïtiens.

A l’annonce de ce plan de régularisation en juin 2014, l’administration Martelly avait mis sur pied quelques mois plus tard le Programme d’identification et de documentation des immigrants haïtiens (PIDH). On avait cru à une décision importante qui allait résoudre le problème des migrants haïtiens dépourvus de pièce d’identité en territoire voisin et également étendre ce programme dans les autres pays de la Caraïbe où nos compatriotes se sont réfugiés sur des embarcations de fortune, notamment aux Bahamas et aux Iles Turcks-et- Caïcos. L’administration Martelly a échoué dans ce programme en République dominicaine. Pendant cette période, des dizaines de millions de dollars tirés des fonds PetroCaribe avaient été utilisés par ce gouvernement dans des contrats qui n’ont jusqu’à présent pas été honorés.

Il n’est pas nécessaire de chercher les causes de l’échec de ce programme sous la présidence de Martelly. La motivation de l’équipe au pouvoir et l’impréparation du capitaine de cette équipe peuvent permettre à quiconque de comprendre les raisons de cette déchéance.

En obtenant des autorités dominicaines un moratoire sur ce dossier pour une année, car le 18 juillet prochain le rapatriement allait débuter, le président provisoire Jocelerme Privert a franchi un grand pas. Va-t-il enclencher le processus là où l’administration Martelly a échoué ? Ou le laissera-t-il à l’appréciation du président qui sortira vainqueur de l’élection de cette année ?

Lemoine Bonneau

lbonneau@lenouvelliste.com

Editorial du Nouvelliste

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