Haïti : La justice haïtienne courbera-t-elle l’échine dans le dossier de drogue présumé impliquant la famille Acra ?

Plusieurs acteurs du secteur des droits humains manifestent leurs inquiétudes par rapport à la suite qui sera réservée au dossier de drogue présumé impliquant, entre autres, plusieurs membres de la famille Acra, dans des interviews accordées à AlterPresse.

La justice doit faire le suivi approprié du dossier pour faire la lumière sur ce qui s’était produit, afin que les coupables puissent être condamnés, souhaite le coordonnateur de Défenseur plus, Antonal Mortimé.

Cette affaire qui pourrait servir d’exemple pour les services de la douane et les agences maritimes les inciterait à prendre plus de précautions douanières, ajoute-t-il.

108 kilos de cocaïne et 15 kilos d’héroïne dissimulées au milieu de 6,500 tonnes de sucre en provenance de la Colombie ont été saisis à bord du navire « MV Manzanares » battant pavillon panaméen, suite à une opération de la Brigade de lutte contre le trafic de stupéfiants (Blts) coordonnée par la « Drug enforcement administration » (Dea), en avril 2015.

Cette cargaison, dont la valeur de revente est évaluée à environ 10 millions de dollars américains, a été interceptée dans un port local (Wharf Jérémie, situé dans la commune de Cité Soleil, périphérie nord).

Le responsable de la compagnie importatrice de la cargaison de sucre, Marc Antoine Acra, ainsi que Sébastien François Xavier Acra et Grégory Georges, alias « Ti Ketan », ont été inculpés pour « trafic illicite de drogue », dans cette affaire.

Le dossier du Manzanares a rebondi, suite une à l’ordonnance de clôture du juge d’instruction Berge O. Surpris, du Tribunal de première instance (Tpi) de Port-au-Prince, en date du 29 juillet 2016.

Un ordre d’interdiction de départ a été émis par le commissaire du gouvernement, Jean Danton Léger contre Marc Antoine Acra dans le cadre du dossier Manzanares, en avril dernier.

Cette interdiction a été annulée en recourt, par-devant le tribunal des référés.

La justice haïtienne, qui devrait agir avec plus de célérité, fonctionne à pas de tortue, regrette Mortimé, soulignant la nécessité de réformer l’appareil judiciaire au profit des citoyens.

Le coordonnateur du Réseau national de défense des droits humains (Rnddh), Pierre Espérance, estime que le juge d’instruction a rendu son ordonnance en fonction de sa compréhension de ce dossier.

« Tout le monde sait que la drogue a fait un ensemble de dégâts dans la société haïtienne. Il conduit à la criminalité », constate-t-il, espérant que les inculpés seront traduits en justice.

Si le système ne peut pas prendre ses responsabilités dans ce dossier, soit par faiblesse ou pour différentes raisons, les autres pays concernés par ces crimes vont venir chercher les coupables en Haïti pour les transporter ailleurs afin qu’ils soient jugés, anticipe le juriste Camille Leblanc.

Le trafic de drogue constitue un crime transnational, qui viole non seulement la loi haïtienne, mais aussi les lois internationales, indique-t-il, rappelant qu’il existe une convention internationale sur les crimes transnationaux.

Leblanc explique que les inculpés dans le cadre de ce dossier ont au moins dix jours pour faire appel, une fois qu’ils ont reçu la décision.

« Quand une ordonnance est sortie, le commissaire du gouvernement a pour obligation de la signifier. Les inculpés, qui peuvent faire appel de la décision, ont un temps limité », précise Leblanc.

D’aucuns craignent une impuissance de la justice a bien mener le dossier de drogue présumé impliquant la famille Accra, en regard de ce qui se passe généralement au niveau de l’appareil judiciaire.

Accusés de kidnapping, trafic de drogue et blanchiment d’argent, Woodly Ethéard, alias Sonson La Familia et Renel Nelfort, ont été jugés, puis libérés le 17 avril 2010, à l’issue d’un jugement express, sous l’administration du président Michel Joseph Martelly.

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