Les rapports entre musiciens et politiciens haïtiens: Une question d’intérêt personnel

Dans toute société civilisée, les relations humaines sont inévitables. D’ailleurs, une société est un « melting pot » où toutes les couches sociales sont représentées. Malgré les contradictions et divergences qui peuvent exister entre nous, nous sommes condamnés à vivre ensemble. Les musiciens font aussi partie de la société. Ils ont aussi un rôle à jouer. Tout le monde s’intéresse à la musique, incluant les politiciens. Les rapports entre musiciens et politiciens ne datent pas d’aujourd’hui.

Les rapports à travers le temps

Dans les années 60, la majorité des orchestres haïtiens honorait le président en lui composant une chanson. Hypocritement ou sincèrement, ils appuyaient la présidence à vie. Un tel engagement de ces orchestres donnait l’impression d’être la mode d’alors. De tout temps, les politiciens entretiennent des relations avec les musiciens. Aujourd’hui, cela se remarque surtout en période de campagne électorale. Les politiciens profitent de la popularité des artistes. Ils pensent que ces derniers peuvent motiver leurs fans à voter en leur faveur ou de leurs partis politiques. Dans certains cas, les résultats sont probants. Tandis que dans d’autres, le support des musiciens ne vaut pas grand-chose. On a donc été témoin de ces deux cas en Haïti.

On a aussi vu des musiciens qui ont fait défection. Ils ont abandonné un parti pour appuyer un autre candidat se trouvant en meilleure position, après la publication d’un sondage à la veille des élections. Vraiment, la musique n’échappe pas à la politique. Les chansons engagées de certains artistes confirment le rapport entre la musique et la politique. On constate que plusieurs musiciens haïtiens s’associent aux partis politiques sans vraiment connaître, voire comprendre la philosophie de ces partis en question. Ils le font peut être par intérêt personnel.

Le grand public condamne toujours le fait que des musiciens supportent un parti politique, comme si ces artistes ont violé une loi qui ne leur permet pas une telle liberté. Le libre arbitre leur confère plein droit, étant citoyens du pays. Cependant, bon nombre d’entre eux exagèrent dans leurs rapports avec certains dirigeants politiques. Ils abusent de leur contact avec ces derniers. Car ils croient détenir le même pouvoir que le leader du parti qu’ils supportent. Cela se reflète à travers des déclarations qu’ils ont faites publiquement. Très souvent, un tel comportement affecte le groupe musical au sein duquel de tels musiciens évoluent.

Le choix politique d’un artiste engage-t-il le groupe musical dans son ensemble?

Pour une raison ou une autre, on associe un quelconque groupe à un certain gouvernement, simplement parce qu’un musicien de l’orchestre fait un choix politique. Gasman Pierre (Gazzman Couleur) de Disip a supporté le candidat Jude Célestin à deux reprises. Pipo Stanis de Klass avait aussi fait le même choix politique. Shoubou n’a pas caché sa position politique. Shabba « parèt tout kò l ». Arly Larivière a aussi appuyé un candidat. On ose croire que le choix d’un musicien d’un orchestre n’engage pas pour autant le groupe musical dans son ensemble. D’ailleurs, les groupes musicaux ne louent plus les présidents à travers leurs chansons, comme cela se faisait autrefois.

Que bénéficient les artistes de leur support, se demandent bon nombre d’observateurs? Certains, sans aucune preuve, disent qu’ils sont monnayés pour leur apparition auprès d’un candidat. D’autres, au contraire, prétendent que ces musiciens veulent simplement montrer qu’ils sont des amis proches d’un pouvoir donné, et qu’ils jouissent d’une certaine autorité. Ils commettent tous la même erreur. Les politiciens n’ont pas d’amis, mais plutôt des intérêts personnels. On est en mesure de citer une multitude d’exemples capables de prouver un tel fait.

N’a-t-on pas vu des frères combattants d’un même camp politique se désolidariser à cause de leur ambition de pouvoir politique? N’a-t-on pas remarqué des présidents qui ont forcé leurs premiers ministres amis à démissionner de leur poste afin de protéger leurs intérêts personnels? Si cela arrive à ce niveau, donc les musiciens se trompent grandement en pensant qu’ils bénéficient vraiment de l’amitié des hommes politiques. Même les politiciens se méfient de leurs collègues, pourtant membres du même parti qu’eux. Le mot « coalition » a perdu son essence. Youn ap veye lòt. Ils n’ont pas d’amis, mais des intérêts personnels. Les rapports entre musiciens et politiciens se greffent sur des intérêts personnels.

On est unanime à reconnaître qu’Haïti est encore en crise. Les acteurs politiques ignorent la capacité de jugement des musiciens qui les avaient accompagnés en période de campagne électorale. Ils ne leur ouvrent aucun espace pour qu’ils puissent opiner sur la crise et faire des suggestions. En Haïti, la politique se fait quotidiennement à la radio. Pourtant, les politiciens n’ont jamais fait référence à ces musiciens en question. Ils continueront à les garder dans l’ombre. Cette forme de rapports entre musiciens et politiciens ne changera jamais. C’est bien une question d’intérêt personnel.

Robert Noel

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