Beguens Théus: 14 mai Entre le mal et le pire

Le 14 mai 2016, le parlement devrait plancher sur le sort du président provisoire Jocelerme Privert, soit pour renouveler son mandat ou le remplacer. Au cas où la séance parlementaire n’aurait pas lieu cette date butoir, deux cas restent possibles : vide institutionnel au niveau de la présidence ou renouvellement du mandat du président, alors de facto, par tacite reconduction. Le cas de renouvellement par la vertu du principe tacite reconduction reste plus possible et plus plausible. Car, d’une part, la chance pour la séance en assemblée nationale le 14 mai est mince avec la vacance parlementaire prévue à partir de ce lundi 9 mai; d’autre part, l’État doit continuer d’exister et la loi mère n’a pas clairement défini une date exacte pour la fin de mandat d’un président provisoire.

Aujourd’hui, les reproches patati patata exprimées à l’encontre de l’actuel président provisoire sont énormes. Déjà, il est même lâché tôt par certains de ses pairs de lutte renforçant ainsi les hostilités des phtkistes, ses adversaires les plus lourds. Toutefois, l’option de renvoi du président au 14 mai n’est-elle pas pire, sachant que son éventuel remplaçant sera probablement remplacé par un autre remplaçant qui, lui-même, peut-être remplacé ?

En prélude à l’occupation américaine, 8 chefs d’État sont brusquement arrivés au pouvoir dans l’intervalle de 1911 à 1915, soit dans 4 ans. Antoine Simon est exilé en 1911 ; se succède C. Leconte péri au palais national en 1912 ; arrive par la suite Tancrède Auguste mort au pouvoir en 1913 ; vient après Michel Oreste exilé en 1914 ; vient ensuite Oreste Zamor chuté et emprisonné peu après son intronisation en 1914 ; arrive plutard Davilmar Théodore chuté et fusillé à Port-au-Prince en 1915 ; arrive enfin Vilbrun G. Sam tué au pouvoir en 1915 avant l’intronisation de Sudre Dartiguenave cette même année 1915, sous l’occupation américaine.

En prélude à l’instauration du régime dur de Duvalier, Haïti sombre à nouveau dans une instabilité politique chronique, comme avant l’occupation américaine de 1915. On compte pas moins de 6 chefs d’État dans l’espace d’un an (1956-1957). Paul E. Magloire est exilé en 1956 ; vient après lui Nemours Pierre Louis qui dirige un gouvernement provisoire pendant 1 mois et 21 jours ; arrive ainsi Franck Sylvain qui a chuté après 1 mois et 25 jours ; le pouvoir est confié à un gouvernement collégial qui est parti 1 mois et 19 jours après ; vient ensuite Daniel Fignolé en 1957 qui a passé 4 mois et 19 jours au pouvoir avant l’intronisation officielle de François Duvalier au palais présidentiel la même année. Voilà donc la réalité de l’instabilité politique chronique en Haïti où, dans 5 ans au total, le pays compte 14 présidents éphémères dont 8 avant l’occupation et 6 avant la dictature.

Ainsi, si le maintien au pouvoir du pouvoir provisoire est mal, alors on doute fort que son renvoi le 14 mai ne soit pire avec un cycle ininterrompu de gouvernements provisoires. En tout cas, dans cette crise si pourrie qui n’en finit pas, on a à choisir entre le mal et le pire. On ne peut vite jeter dans l’oubli les effets à rebondissement des cycles de pouvoirs éphémères précédant l’occupation américaine de 1915 et la dictature née de 1957. Donc, quand l’instabilité chronique nourrie de gouvernements éphémères ne nous conduit pas à l’occupation, elle nous apporte la dictature. Qui sait ce que peut ou va apporter un nouveau cycle de gouvernements éphémères en 2016 ? Le savez-vous ?

Mon pays, je pleure.

Beguens Théus
Mon opinion
4/5/16

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