Lettre ouverte à Monsieur Marc-Aurèle (Marcus) Garcia

Monsieur le ministre, Permettez que je vous félicite pour ce que vous êtes : un être humain, un Haïtien et pour ce que vous représentez pour la société haïtienne, la nôtre. Mais surtout, permettez que je vous félicite pour votre contribution à la lutte pour faire de la presse de notre pays ce qu’elle est aujourd’hui : une presse libre, indépendante… Il n’y a aucun doute que, pour mener ce combat, vous aviez mis en péril votre vie et celle de votre famille. Vous étiez, vous êtes et vous resterez un journaliste digne de ce nom, une icône de la presse haïtienne, un modèle pour les jeunes journalistes.

Dieu seul sait combien vous avez réveillé chez des milliers de jeunes, par votre savoir-faire, le journalisme qui sommeillait. Depuis le séisme du 12 janvier 2010, je fais de vous presque mon modèle de journaliste courageux, car, je me rappelle, ayant perdu votre chère et tendre épouse dans le tremblement de terre, vous n’avez pas baissé les bras.

Le lendemain même, vous étiez à l’antenne, comme à l’accoutumée, sans laisser apercevoir votre tristesse, vos larmes, j’imagine, qui coulaient à flots. Cela a dû être horrible et difficile de continuer à informer des milliers d’auditeurs, qui avaient besoin de vos informations à ce moment précis de désarroi collectif, alors que vous étiez vous-même une victime directe. Voilà en vous, selon moi, le modèle de journaliste qu’il nous faudrait. De fait, aujourd’hui, vous n’avez vraiment rien à prouver, croyez-moi, monsieur le ministre.

Par contre, même devenu ministre, vous devez continuer à prouver votre respect pour ce noble métier, à deux générations de journalistes environ, d’abord à ceux qui ont vécu la période de Jean Claude Duvalier jusqu’à 1986 et ceux qui ont débuté leur carrière au cours de l’année 1987 à nos jours. Aussi, Monsieur le ministre, dois-je souligner à votre noble attention que ma lettre ne vise pas à vous encenser uniquement, mais j’ai souhaité aussi vous exposer ma grande inquiétude par rapport au fait qu’il existe définitivement aujourd’hui une véritable épée de Damoclès suspendue sur la tête de notre presse et que, justement par votre fonction de ministre égratignant ou violant les principes éthiques, les principes déontologiques, vous risquez d’être celui qui tient cette épée.

C’est ainsi que ce jeudi matin, 21 avril 2016, aux environs de 7 heures 10, j’ai été profondément surpris lorsque je suis tombé sur vous, Marcus Garcia, en train de coprésenter, aux côtés de Régine Pierre, l’édition de nouvelle matinale habituelle sur les ondes de radio Mélodie FM (103.3). Soudain, je me suis trouvé dans une grande confusion et je me suis dit que le Marcus ministre doit se confondre lui aussi avec le Marcus journaliste, exactement comme au temps où Sweet Micky se confondait systématiquement avec Michel Joseph Martelly, le président de la République. Ce que la presse avait toujours dénoncé d’ailleurs.

Je n’ai pas pu m’empêcher de confondre, dis-je, le Marcus Garcia, journaliste modèle, et le Marc-Aurèle Garcia, ministre de la Culture et de la Communication, surtout quand il s’agissait de présenter votre éditorial du jour intitulé ce jeudi 21 avril 2016 : « Que va signer Privert ? » N’est-ce pas le ministre-journaliste qui analyse son président? Tout cela, à un moment où la presse haïtienne fait l’objet de nombreuses critiques au sein de la société, à tort ou raison, à cause des comportements reprochables de certains journalistes ou propriétaires de média.

Déjà, au titre de président d’Association de média, vous avez adhéré au Code de déontologie des médias et des journalistes d’Haïti de décembre 2011 qui dit en son article 3 : « Les médias et les journalistes peuvent s’exprimer sur toute question ou sujet. Toutefois, ils ont le devoir de séparer les commentaires des faits pour ne pas jeter le public dans la confusion.

Les médias et les journalistes ont pour devoir de faire la différence entre la vérité des faits, qui est de l’ordre du constat, et le jugement qui est de l’ordre du sens et de la signification pour ne pas jeter le public dans la confusion. Les médias et les journalistes doivent indiquer clairement quand ils défendent une position ou une opinion, par exemple sous la forme d’éditoriaux ou de points de vue. » Dans votre cas, n’y a-t-il pas incompatibilité dans l’exercice de votre fonction de journaliste d’une part, et de ministre d’autre part ? N’êtes-vous pas en train de jeter le public dans la confusion surtout quand il s’agit pour vous de donner des nouvelles sur les activités du gouvernement auquel vous appartenez et de les commenter ou de les analyser ? Encore un problème d’objectivité.

Tout ceci pour vous dire qu’en agissant comme je vous ai entendu ce jeudi matin sur les ondes de votre radio, vous avez violé tous les principes de base et toutes les valeurs universelles, administratives, humaines, morales, relationnelles, éthiques liées au métier du journalisme et éthiques liées à la fonction de ministre d’État. Vous êtes allé plus loin, vous avez violé votre propre conscience. Car comment parler de Privert dans ce contexte-là ? Avec quelle sérénité ? Avec quelle objectivité ? Ainsi, je vous suggère, Monsieur le ministre, de présenter une démission provisoire au moins à votre institution médiatique en votre qualité de journaliste et de directeur de média afin de pouvoir exercer honnêtement votre fonction de ministre sans susciter de suspicions légitimes de la part des contribuables et des auditeurs.

Espérant que mes idées exprimées de cette manière n’ont pas été mal interprétées, je vous prie, Monsieur le ministre, d’agréer l’expression de ma haute considération.

Sylvestre Fils  Dorcilus

 

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