Le retour de Steeve Khé au sein de Djakout #1: Une nouvelle aventure

L’orgueil est loin d’être une vertu. Il affecte l’esprit d’équipe et rend toute réconciliation plus difficile quand l’ego constitue un obstacle. Cependant, le dépassement de soi aide à démanteler cette barrière qui empêche l’avancement d’un groupe vers un meilleur horizon. À la lumière de ce principe,  Steeve Khé et Djakout #1 ont surmonté toutes les difficultés qui avaient rendu plus compliquée la réconciliation des cœurs et des esprits. Enfin, ils ont trouvé un terrain d’entente et ont signé un accord de paix. Certains considèrent la réintégration du chanteur au sein de ce groupe musical comme le retour de l’enfant prodigue. Ainsi, une nouvelle aventure commence.

Pour le meilleur et pour le pire

Cet engagement mutuel vient avec ses avantages et ses inconvénients. Les musiciens de Djakout #1 doivent s’attendre à des moments de joie et, tout aussi bien, de tristesse. Plus d’un croient que Steeve Khé apportera ce qui a manqué au Djakout #1 pour qu’il se replace sur l’échiquier musical. On est unanime à reconnaitre qu’il avait conduit cette formation sur une autre plateforme de la compétition musicale. On doit aussi tenir compte du succès qu’ont connu les quatre chansons qu’il a interprétées sur le plus récent album « Lòd Nan Dézòd » de Djakout #1.

On ne saurait non plus ignorer l’apport de Djakout #1 à l’émergence de Steeve Khé sur la scène HMI. Il est vrai que celui-ci n’a pas fait ses premières armes avec cette formation musicale, mais elle l’a aidé à bâtir sa popularité. Le dernier album de ce groupe commençait à gagner du terrain et lui avait permis de se redresser confortablement sur l’échelle de la compétition aux côtés de ses concurrents. Le départ du chanteur avait brusquement cassé ce nouvel élan. Ce qui a reconduit le Djakout #1 sous un ciel nuageux, tantôt pluvieux. Et, Steeve Khé n’a pas non plus connu un grand succès comme artiste solo.

Djakout #1 avait tout essayé pour remonter la pente, mais sans grand succès. La séparation de Steeve d’avec Djakout #1 avait créé un grand vide que les musiciens et les responsables du groupe se croyaient capables de combler en faisant appel à Polo comme chanteur. Mais celui-ci a dû laisser le groupe « Dola Mizik» de Jean Max Valcourt pour venir à la rescousse de « Djaz peyi a », un surnom choisi par les musiciens de Djakout #1. Cette appellation semble être l’invention de Shabba, reflétant son style quand il fanfaronne (lè l ap fè dyòlè).

D’aucuns arguent que le retour de Steeve Khé peut aider Djakout #1, mais on se demande s’il va pouvoir récidiver le dernier exploit. Car une fois est loin d’être coutume. Steeve doit, encore une fois, prouver et confirmer son talent. Il semble que les musiciens de Djakout #1 ne prennent pas en considération le changement des paramètres qui rendent la compétition plus difficile qu’avant. Van an vire. Le groupe Harmonik a déjà brouillé les cartes avec son dernier album « Degaje ». Son plein épanouissement a changé la donne. Et, les groupes Klass, Nu Look, Disip, T-Vice, Kreyol La font encore la une.

On sait que Djakout #1 et Klass ont eu une mésentente entre eux lors d’une soirée – double affiche- en Floride. Il s’agissait d’une futilité liée à l’ordre dans lequel ces deux groupes devraient offrir leur prestation au cours de cette soirée en question.  Rien n’est certain qu’on aura la possibilité de voir ces deux groupes en tandem, partageant la même scène.  Encore une fois, il faut rappeler que la division n’a jamais rien apporté de positif à l’humanité (R.Noël). Avec le retour de Steeve Khé, Djakout #1 vient d’ouvrir une nouvelle page d’histoire. Une source digne de foi nous apprend que Steeve et Djakout #1 ont paraphé un contrat légal.

Dans l’industrie musicale haïtienne,  les contrats ne sont pas souvent respectés. Considérant la santé précaire du marché konpa dirèk,  l’on se demande d’où viendront les ressources qui permettront à l’orchestre d’honorer son contrat envers Steeve Khé. Si les clauses du contrat ne sont pas honorées, Steeve va une nouvelle fois fausser compagnie au groupe. On souhaite que Djakout #1 trouve des offres fréquentes de contrats d’engagement pour animer des soirées et participer aux festivals annuels.

Ce sont donc deux de leurs principales sources de revenus. Si les KPS (Kapab Pa Soufri) de Djakout #1 veulent aider cette formation musicale, ils pourront lui apporter leur support selon les désirs des membres de ce groupe musical. Cette formation musicale a changé de configuration avec la présence de trois chanteurs en première loge : Pouchon, Steeve et Polo. Les dirigeants de Djakout #1 pourront-ils garantir le salaire de tous les musiciens sans se gratter la tête? L’avenir va certainement nous le prouver.

Le Djakout #1 en mode de survivance

Le marché musical konpa dirèk est très encombré. Djakout #1 aura besoin de percepteurs expérimentés capables de l’aider à répondre à ses exigences financières. La production et la mise en circulation de la chanson-démo « Péche » de Djakout #1 ont bousculé le temps. Le timing ne sied pas. Les décideurs de Djakout  #1 auraient dû faire l’étude du marché avant de prendre une telle décision. Pris d’émotions, ils ont vite présenté « Péche », une bonne composition, mais qui a déjà perdu de son intensité. Ces musiciens auraient dû attendre que le temps  joue en leur faveur, au lieu d’aller si vite en besogne. C’était peut-être leur façon de prouver le talent de Polo au grand public.

Pour amoindrir les conséquences négatives de ce trouble, Djakout #1 se trouve dans l’obligation de produire une autre chanson-démo dans l’immédiat pour marquer leur présence. Pour survivre,  Djakout #1 est obligé d’utiliser d’autres stratégies de promotion et de marketing. Il doit accepter un consensus, c’est-à-dire valoriser toutes les possibilités qu’offrent les soirées – double affiche-  avec des compétiteurs de poigne. Et, si Shabba se divorce de ses moyens dilatoires habituels, Djakout #1 ira bien. Ainsi, il ne froissera personne, que ce soit au sein de Djakout #1 ou bien dans l’univers musical konpa dirèk. Sa passion et son amour pour Djakout #1 débordent le seuil de la tolérance. C’est ce qui fait souvent bouillonner ses émotions.

Les fans de Djakout #1 ne baissent pas encore leur garde. Ils caressent l’espoir que leur groupe va rebondir avec force. C’est ce qu’on souhaite tous.  On ne peut toutefois faire semblant d’ignorer le rôle que joue l’hypocrisie dans ce monde musical. On essaye de ne pas s’immiscer dans les affaires internes de Djakout #1, car entre l’arbre et l’écorce, on n’y met pas le doigt. Cependant, on a besoin d’une compétition plus dynamique, plus « djan m ». La réunion de Steeve Khé et Djakout #1 permettra de confirmer si vraiment l’histoire est un perpétuel recommencement.

robertnoel22@yahoo.com

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