Sortons du Black Out: « Aucun accord d’électricité n’a été signé entre Haïti et la Chine »!

Par Assad Volcy

Depuis plusieurs semaines, les rumeurs selon lesquelles l’Etat haïtien aurait signé un contrat avec la Chine pour l’électrification du pays 24/24 enflamment les médias notamment les réseaux sociaux. Tout a commencé quand le président Jovenel Moise a annoncé à grand renfort de publicité, que dans 2 ans, le pays sera doté du courant électrique 24h/24, sans donner trop d’explications sur les tenants et aboutissants de ce projet ambitieux.

Depuis cette annonce qualifiée de folle par plus d’un, on assiste à une petite guerre-guerre pour le crédit d’un projet qui semble vouer d’ors et déjà à l’échec.

Selon des sources dignes de foi, Haïti et la république de chine n’ont jusqu’à dâte signé aucun accord pour une quelconque question d’électricité. L’acte paraphé entre des entrepreneurs chinois et le ministre de la planification du gouvernement Privert/Jean Charles n’est autre qu’un protocole d’accord qui n’est autre qu’un acte d’intention portant sur plusieurs projets.

D’ailleurs, il ne saurait y avoir d’accord entre Haiti et la Chine puisque les deux pays n’ont pas de relation diplomatique. Haïti avait opté pour des relations avec Taïwan ce qui a mis la grande Chine sur ses gardes puisque la république de Chine ne reconnaît toujours pas l’indépendance du Taïwan. Pour revenir au mémorandum, il est à noter qu’aucun suivi n’a été fait sur ce dossier pour des raisons diverses et variées.

Tout d’abord, il convient de savoir que Aviol Fleurant qui s’était rendu en Chine n’a pas été mandaté par le gouvernement haïtien pour signer un quelconque accord, et ce dossier n’a pas été traité en Conseil des ministres. Donc formellement, le gouvernement d’alors n’était pas engagé. En revenant de la Chine, Aviol Fleurant aurait probablement informé le président Privert ainsi que son premier ministre des opportunités qu’il aurait trouvées en Chine qui pourraient s’avérer intéressantes pour Haïti.

D’ailleurs, depuis 2008 Haïti avait engagé des discussions sur avec ces principaux partenaires financiers pour un allègement de sa dette. Avec le séisme du 13 janvier a pu bénéficier d’une annulation totale de la dette ce qui le met dans une situation d’insolvabilité l’empêchant de se positionner sur le marché des prêts. Depuis notre pays ne reçoit que des dons des grandes puissances. Pour être éligible sur le marché des prêts Haïti devait répondre à un ensemble de conditions dont la lutte contre la corruption, la bonne gouvernance, la transparence et au nombre de ses réformes l’épineuse question de l’EDH qui absorbe annuellement 300 millions de dollars du trésor public.

Bien plus, Haiti pour se présenter à nouveau devant les banques privées devait montrer sa capacité à rembourser, laquelle ne peut être établie que par une « Due Dillenge » dont les principaux bailleurs Banque Mondiale, le Fond monétaire internationale, la BID, ont la charge.

Quelle Banque prendrait le risque d’investir tant d’argent dans une institution qu’est l’EDH sans garantie de l’Etat.

Donc cette histoire qu’une banque Chinoise serait prêt à investir 1.2 milliards de dollars pour électrifier Haïti 24/24 sans aucune garantie, n’est que pure fiction.

Le projet de la réhabilitation de l’aéroport internationale Toussaint Louverture par une banque de Chine est la pour en témoigner. Pourquoi ce projet bat encore de l’aile plusieurs années après la signature de l’accord? Selon cet accord signé par l’ancien ministre des TPTC de Michel Martelly Jacques Rousseau le projet était évalué à 350 millions de dollars dont 85% seraient financés par la banque en question et 15% par l’Etat Haïtien. Avant de poser la première pierre, la banque a exigé une garantie de l’Etat au cas où l’on arriverait pas à le rembourser. La garantie fut donnée par Wilson Laleau alors ministre des finances. En depit de tout, les travaux n’ont pas débuté sous pressions des grandes puissances qui menacent de ne plus accorder des fonds dans le cadre de l’appui budgétaire, de peur que cet argent ne serve à payer les services de cette dette.

Il en de même pour la décision de Jovenel Moise de créer une force armée en Haïti. Les pays occidentaux ne peuvent en rien empêcher à l’Etat haïtien souverain de faire son armée. Toutefois, ils avertissent les autorités que s’ils ont de l’argent pour remobiliser l’armée, ils ne peuvent plus continuer de compter sur leur soutien financier dans le cadre de la professionnalisation de la police nationale.

En conclusion, il n’y a pas lieu de chercher à gagner du crédit sur un accord qui n’existe nul part. En d’autres termes, ce n’est ni grâce à Jocelerme Privert encore moins à Michelle Martelly qu’on aura du courant 24/24. Si Jovenel Moise devait matérialiser son projet de sortir le pays dans le black out dans 24 mois, ce ne sera pas à partir d’un quelconque accord avec la Chine.

Maintenant il revient au président de la république ou au gouvernement de fournir des explications à la population quant aux voies et moyens de ce vaste chantier jugé chimérique et irréalisable par une large partie de l’opinion publique. En tout état de cause si le chef de l’Etat arrivait à trouver recette magique pour réaliser son rêve ce serait pour le bonheur de tout un peuple qui ne rêve que de sortir du Black Out. Prenons Jovenel Moise au mot.

Port au Prince
Le 10 Juillet 2017

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