Dans quelle Haïti vivez-vous ?

Nous sommes dans un pays où les services sociaux de base sont quasiment inexistants. Souvent des Haïtiens meurent dans les hôpitaux publics du pays, faute de soins. Le nombre d’analphabètes est très élevé. Parallèlement, des gens trouvent du mal à trouver le boire et le manger. Il est des gens qui vivent dans des conditions infrahumaines partout dans le pays. Cependant, une frange de la population ne connaît que la vie rose en plein coeur même de cette terre de misère.

Depuis plusieurs semaines, les ouvriers du secteur de la sous-traitance entreprennent des manifestations pour exiger de meilleures conditions de travail et surtout un meilleur salaire. En effet, la hausse des prix du carburant sur le marché national a provoqué une augmentation du coût de la vie qui rend légitimes leurs revendications.

Parallèlement, des victimes du tremblement de terre de janvier 2010, sept années après, vivent encore sous des tentes dans des conditions infrahumaines. Même situation pour les sinistrés de l’ouragan Matthew qui, après bientôt un an, vivent encore dans la famine.

Une Haïti de promiscuité aux services sociaux de base inexistants

La situation socio-économique de la majorité de la population haïtienne est vraiment chaotique. Dans les quartiers populeux, la vie devient un drame tant on est privé de tout. À La Saline par exemple, la précarité de la vie des gens saute aux yeux. Dans ce ghetto appelé « zone de non-droit », la population est quasiment privée de tous les droits fondamentaux liés à l’existence humaine.

Dans certaines localités de Cité-Soleil, être en santé est un fait insolite. À « Ti Ayiti » par exemple, la promiscuité fait rage. Pas moins de dix personnes vivent dans un taudis et sont privées de tout moyen. Ce n’est pas différent pour « Koridò Bastia », « Solino » et quelques autres localités de Bel-Air. Dans presque toutes ces zones, on se soulage en plein air. Les matières fécales sont jetées dans les rues, les canaux, dans des sachets ou des assiettes.

Nous sommes également allés à « Jalousie », dans la commune de Pétion-ville. Dans cette zone, les gens utilisent l’eau de pluie qu’ils achètent à 17 gourdes le sceau. En outre, l’insécurité y est au top. En effet, les filles sont très souvent violées par des bandits, raconte la population. Une situation quelque peu semblable se présente à « Bristou » et à « Bobin », toujours des ghettos de Pétion-ville, où les femmes font souvent face à la violence des hommes quand elles se lèvent tôt les matins pour se rendre au marché.

Une Haïti non résiliente

Dans tous ces quartiers, de nombreux enfants sont privés d’éducation. Aucun centre de loisirs. Ce sont des communautés tenaillées par la faim, la misère. Alors, elles sont les cibles de certains politiciens qui veulent avoir des hommes de main en vue d’attendre leurs objectifs. Elles sont, très souvent, utilisées pour les manifestations. En période électorale, elles sont aussi de « petits choux ».

Beaucoup de personnes de ces communautés sont très vulnérables face aux aléas naturels. Ce sont les malaimés de la nature. Ils subissent régulièrement les courroux d’une nature endiablée sans que personne ne pense à eux. Ils sont sinistrés à chaque pluie. Vivre pour eux n’est pas moins dur que gravir l’Everest sans même une bouteille d’eau.

Ils font partie des 6 sur 10,4 millions d’Haïtiens (59 %) qui vivent sous le seuil de la pauvreté de 2.42 dollars par jour et des plus de 2.5 millions (24 %) qui vivent sous le seuil de pauvreté extrême de 1.23 dollar par jour. Ils vivent l’Haïti des pauvres, des « sans-droits », des opprimés, des oppressés, des affamés… des délaissés.

Une Haïti rose

Mais, tout près d’eux, une autre Haïti se dresse. Politiciens, « bourgeois » vivent la vie en rose. Loin de la misère. De l’insécurité. (Ils ont des agents de sécurité à la maison, au bureau et pour leurs déplacements ». Ils sont même protégés par les lois.

Leurs maisons sont des villas, des châtelets…dont le confort est la marque. Ils voyagent à volonté et leurs enfants sont allés dans les meilleures écoles du pays et à l’étranger. Dans leur Haïti, les maisons n’ont même pas peur des séismes et des ouragans. Ils sont très résilients. Ils possèdent les plus grandes entreprises du pays.

Cette petite frange d’à peu près 5 % de la population haïtienne détient à elle seule près de 50 % des revenus du pays. Les inégalités sont flagrantes dans le pays. Inégalités de revenus, d’éducation, inégalités devant la mort, économiques… Haïti est même l’un des pays les plus inégalitaires de la planète, avec un coefficient de Gini de 0,61 en 2012.

On s’époumone chaque jour à faire croire qu’Haïti est une terre de misère. Mais au milieu de la misère de la population, certains connaissent une existence luxueuse. Certaines fois, sous les yeux mêmes des opprimés. D’ailleurs, certains ghettos se trouvent à quelques mètres du Palais national. De même que de grandes entreprises campent en gratte-ciel devant la misère des gens à Pétion-ville.

Dans le pays, l’on retrouve plusieurs Haïti. Chacune avec sa réalité. Chacune différente des autres. Des Haïti dos à dos avec des intérêts divergents. Une Haïti de Bouki, une de Malice. Chacun vit l’une d’entre elles.

Ritzamarum Zétrenne

rzetrenne@lenational.ht

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