Nous irons tous au Chili

Nous irons tous au Chili.

Depuis un certain temps, on assiste babilan et lugubrement au décampement pour le chili d’une armada de jeunes du pays. Quotidiennement, des avions, venus de la terre promise, radinent et s’en vont avec plus d’une centaine de jeunes. Après avoir détrôné le Brésil, le Chili achève d’être le deuxième trimard des haïtiens. Jusqu’au mois de juillet 2017, les services d’immigration chiliens ont catalogué l’entrée de 44 289 de citoyens haïtiens contre 43 898 en 2016.(nouvelliste 7 août 2017).

Le nombre d’haïtiens conjurés de se caleter de ce pays ne fait qu’affuter chaque jour et guette d’être plus ébaubissant.

Juste avant le tremblement de terre du 12 janvier 2017, la communauté haitienne en République dominicaine frisait les 500 000 personnes. Destination privilégiée car les conditionnements de la traversée sont moins rédhibitoires. Par voie terrestre ou maritime, les haïtiens ont pu, comme dans du beurre, escalader les 360 kms échelonnant l’île d’hispaniola.

Telle une tempête dans un ciel impavide, peu après le séisme, la république voisine s’est convenue d’amincir le rêve haïtien. En effet , le 26 septembre 2013, la cour constitutionnelle dominicaine, dans un communiqué jugé scélérat , par plus d’un, a résolu d’ostraciser sur tout le territoire le droit de sol. Les enfants d’Haïtiens sont rondement dénaturalisés. Le mal ne faisait qu’ânonner pour ce peuple à la collecte du mieux-être. Les bannissements s’en suivent a un dandinement abracadabrant. Selon le gouvernement dominicain, plus de 17 000 haïtiens auraient intentionnellement apostasié le sol dominicain après l’expiration du plan de régularisation des étrangers. Les dominicains en ont profité pour bouter plus de 200 000 autres.

De 2011 à 2015, le Brésil était l’étoile assurgente dans le firmament haïtien. Selon une étude de l’Organisation Internationale pour les migrations (OIM), a la fin de 2016, plus de 67 000 permis de résidence, temporaires ou permanents, ont été déjà délivrés aux haïtiens logeant les principales grandes villes du Brésil.

La situation des haïtiens dans l’hémisphère est approchante à celle des pays en proie à la guerre et à l’admonestation terroriste. Et pourtant, nous sommes le pays le plus assoupi de la region. En fait, qu’est qui explique cet engouement national à fuir le pays? Pourquoi l’Haiti d’aujourd’hui devient – elle un pandémonium pour ses fils?

La crevaison sociale dans laquelle nous nous prélassons aujourd’hui puche ses racines dans deux crises principales qui morfondent le pays depuis des décennies.

Il s’agit d’abord de la crise politique.
Une crise fécondante.

Depuis plus de trente ans, le pays est au fait d’une crise politique atypique. Ces derniers temps, elle prend tout un autre sélect. La politique d’Haïti engraisse les politiques. Et ce, qu’ils soient de l’opposition ou au pouvoir. Chacun tire, à son ameublissement, son épingle du jeu.

L’absence de projets sociaux viables, d’idéologie, de conviction, le nombre impensable de partis politiques sont autant d’éléments affermissant les activistes et qui transmuent le terrain politique en un véritable emplacement d’affaires. L’homme au gouvernail se décore et l’opposition, consciente de l’enrichissement au préjudice du peuple fait son jeu en allumant le déchaînement.

Tant que cette obsession ne s’efface du subconscient du politicien haïtien, ce ballotement politique menace d’être indéfectible. La politique doit cesser d’être cette perpétuelle vache à lait pour se convertir un privilège de servir.

Une crise économique chronique.

Cette crise politique n’est pas sans incidence sur la vie économique du pays. L’instabilité politique engendre automatiquement une défaillance économique. Les mouvements de rues se substituent à toute tentative de mise en place d’un plan de sauvetage économique, si vraiment il en existe. Suivant le rapport d’indice de développement humain (IDH) publié pour l’année 2016 par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) pour 168 pays, Haïti en occupe la 163eme place. Avec un produit intérieur brut (PIB) s’élevant à 8,2 milliards de dollars pour une population de 10,8 millions d’habitants, Haïti s’enfonce quotidiennement et profondément dans les soubassements du sous – développement. Que peut espérer un haïtien lorsque l’espérance de vie à la naissance dans le pays ne frôle les 60 ans? Au Chili et au Brésil, chaque citoyen espère vivre au moins 80 ans.

Il importe aujourd’hui de définir un plan économique susceptible de faciliter le sauvetage de la classe moyenne. Les crises politiques incessantes ne donnent lieu de planifier l’économie nationale. Ces bouleversements ne font que l’affaire de la bourgeoisie qui contrôle et répartit la richesse nationale. Elle n’a rien perdre ni à craindre.

Un éclatement social.

A force de se déstabiliser, d’enrichir la classe possédante et de piétiner la classe moyenne et la masse, le pays est emmené aujourd’hui à un grave éclatement social.

Dépossédés et dans l’impossibilité de planifier leur vie, les jeunes, pour la plupart dupés par les politiciens, ne trouvent autre formule que d’abandonner volontairement le pays. Un pays ruiné par le tremblement de terre, les catastrophes naturelles et politiques. De scandale de tout épithète aux crises sans issue, la république fait son quotidien. Les jeunes sont contraints à intégrer la politique, faire le jeu des politiques ou abandonner le pays. L’avenir, ici, est inexistant. Il faut le chercher ailleurs. En masse, les gens, pour la plupart des jeunes, fuient Haïti.

Et l’Etat?

La crise sociale actuelle semble ne produire nul affolement. L’exode massif du sol national ne dérange en rien la vie politique. Au contraire, elle fait son affaire, semble -t-il. En 2017, un peu partout dans le pays des centres de réception et de livraison de documents d’identité (CRLDI) sont érigés. Ils ont pour mission de délivrer dans un bref délai les documents d’identité et de voyage aux citoyens haïtiens. Grâce à ces centres, le service d’immigration haïtien se donne pour mission de délivrer au moins 2000 passeports quotidiennement.

Le peuple haïtien est de passage sur la terre d’Haïti. La véritable patrie de l’haitien se trouve ailleurs. Hier, en mer, les haïtiens se carapataient vers les États – Unis. Aujourd’hui, la République Dominicaine, le Brésil, La Guyane et le Chili deviennent le Canaan de ces hommes et femmes qui se cherchent et qui peinent à se trouver. Demain, la terre d’accueil de l’haitien sera, peut-être l’Afrique, l’Asie ou l’Europe?

Pour l’instant, le Chili demeure le sol de l’exil volontaire des Haïtiens. La situation, pour le moins inquiétante, n’appeure malheureusement la Nation.

La crise politique tue l’économie nationale et engendre un éclatement social. Si rien n’est fait pour enrayer ces crises, même le président de la République ira aussi, un jour, au Chili.

 

Dr. Fred Jasmin

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