Qui n’est pas mort en Haïti?

Qui n’est pas mort en Haïti?

 

Ce 2 novembre est le jour mondialement destiné au culte de la mort. Un jour ou les vivants visitent les morts, les enchérissent, prient avec eux et pour eux.
Dans la tradition vaudouesque, les adeptes, à coups de baguettes et à la sauce pimentée accueillent, en leur manière, ceux qui ont déjà fait leur franchissement.

Somme toute, la mort est un phénomène avec lequel personne ne peut s’accommoder. Même si dans des cas, elle est plausible mais son plus grand déterminant demeure toujours sa capacité à nous décontenancer.

En médecine, la mort est la cessation des fonctions vitales. Du corps humain, il existe trois appareils impérieux dont la défaillance de l’un entraine automatiquement l’absence de la vie. Il s’agit bien de l’appareil respiratoire, du système nerveux et de l’appareil cardiovasculaire.
Lorsque le respiratoire cesse, on dit que la personne meurt par asphyxie. Si le manquement est du système nerveux, l’individu s’éteint en syncope et s’il s’agit de l’appareil cardiovasculaire, On dit alors que le sujet est parti en shock.
Tous ces appareils ou systèmes œuvrent pour la contenance de la vie grâce à l’existence de la petite unité fonctionnelle de l’organisme qu’est la cellule.
La société va aussi au rythme physiologique du corps humain. A l’instar de celui-ci, elle garde sa survie grâce à son unité fonctionnelle qui est la famille.
Aujourd’hui, notre Haiti vit une crise inaccoutumée. Cette crise sociétale est aussi un redoublement familial. L’ébranlement de la famille conduit à l’écroulement de la société.
Qui peut s’évertuer à dire aujourd’hui que l’haïtien n’est pas un peuple agonisant?
Ici, les gens soufflent mais ils sont tous morts. Tout chez nous réverbère l’ornement mortuaire.
Notre environnement est une émulation ostensible. Cette terre, jadis, d’une couverture végétale enchanteresse, exhibe aujourd’hui le spectre d’âmes errantes et mourantes. À faire grand cas de nos montagnes, nos villes, il est suffocant que des gens vivent dans cet espacement. A la moindre averse, les cadavres sont chiffrés en série. Nos maisons sont d’une fumée lunaire que le séisme qui, à la bonne franquette, émoustille le bouillonnement dans les pays ou les gens vivent, nous fait facturer des morts par des centaines de milliers.

Haïti est l’un des rares pays si ce n’est l’unique où l’impossible est possible et le possible est toujours impossible. Avec un taux de chômage, de mendicité dépassant l’entendement humain, l’haitien existe encore grâce à la merci du temps et la générosité de l’étranger. Quel peuple peut – il échafauder son existence avec moins d’un dollar par jour par habitant? Rien qu’un peuple mort.

La mort de l’haïtien est la cessation de sa conscience et de son instinct de révolte.

2 novembre est le jour des morts. En Haïti, tous les jours sont aux morts puisque le peuple est aussi claboté.

2 novembre doit être désormais cette date ou l’haïtien conjure de se désengourdir, se dérouiller de son roupillon de mort pour dire qu’il veut enfin vivre.

*Dr. Fred Jasmin*

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